Présence Vive
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L’espoir d’être “quelqu’un”…

En créant, en vérité, nous ne créons rien. C’est un “château de sable”. Nous donnons de l’importance au château mais, en fait, il n’y a qu’une plage de sable. Un épisode de ma vie, à priori très banal, marque un sceau important dans ma réalisation.
C’est une petite mésaventure qui m’est arrivée un jour où j’ai voulu faire réparer ma voiture.

Je m’étais rendu au garage au courant de l’après-midi. Après plusieurs minutes interminables d’attente, arrive enfin mon tour. Je m’adresse au mécanicien pour l’enregistrement, mais voilà qu’il ne pouvait pas prendre ma voiture. Il m’explique que je devais auparavant obtenir certains papiers de mon assureur. Je ne sais pas ce qui s’est passé alors, mais son refus, ce petit grain de sable, ce jour là, m’a fait l’effet d’un séisme. Peut-être était-ce une période où j’étais particulièrement sensible et vulnérable ? Tout ce que je sais, c’est que ce rejet, cet obstacle fit résonner tous les échecs que j’avais connus durant ma vie. Je me retrouvais dépité, dévasté, comme venant de recevoir une claque magistrale que je n’avais pas vue venir.

En fait, je me croyais encore au-dessus de tout. Quelque part, je me pensais invulnérable, maîtrisant ma vie, comme protégé des dieux. Cependant, J’étais au fond du trou, tout comme par le passé il m’était arrivé d’y être. Quelle misère de se retrouver encore là ! Mais, curieusement mon sentiment était mitigé. Alors que je venais de perdre tout espoir, je réalisais que j’en étais libre. J’étais dans ce “lieu” que l’on rencontre lorsque tout s’écroule. D’un côté, mon esprit me disait que ce n’était pas grave et que j’allais m’en remettre… D’un autre point de vue, je voyais qu’en acceptant d’être “ici”, il n’y aurait plus jamais la possibilité de tomber, ni d’aller plus bas. M’engouffrant dans cette réalisation, j’ai reconnu que cet état était celui que l’on rencontre au moment de la mort, ainsi qu’à l’occasion de toutes les morts. En moi, résonnait un ouaaaah silencieux de découverte et d’excitation !!!

C’est ainsi que je suis resté dans le “trou”, “perdu”, “mort”. J’ai compris qu’il n’y avait rien à reconstruire et que toutes ces histoires de “contrôle”, ces espoirs d’arriver à un “but” et d’être “quelqu’un” ne sont qu’un jeu vide. C’est ici que “l’état par défaut” s’est révélé à moi comme une base indestructible et fiable, “ce qui reste” lorsque tout s’effondre.

Les lois de l’interdépendance font que ce sujet est dans l’air depuis quelque temps. Il y a peu, j’ai raconté à nouveau cette histoire à des amis. Ainsi, cette expression “perdre l’espoir d’être quelqu’un” m’est apparue. Elle renvoie à un attachement que nous prolongeons secrètement et maladivement. Au point, qu’en tant que chercheur, nous pourrions paradoxalement espérer “être quelqu’un” qui n’est personne.

(Merci à Vincent qui m’a donné l’occasion d’écrire ce texte.)

Billet publié par:

Denis Marie auteur de L'éveil ordinaire, le don du cœur

5 Commentaires

  1. Michel

    Le chercheur étant le cherché !…

  2. Célin

    « Un épisode de ma vie, à priori très banal, marque un sceau important dans ma réalisation. »

    Un sceau ou un saut.

    Joli jeu de mots.

    Merci.

    • Denis

      Bonjour Célin,
      Il s’agit bien d’un “sceau”. Mais ça fonctionne aussi avec le “saut”.
      Hormis que dans ce cas, cela peut donner l’idée d’un acte volontaire.
      Merci pour ton message, Denis

  3. midahuen

    En ce qui me concerne, article tombant à point nommé:) je vois…
    merci

  4. Nom d'utilisateur*vincent

    et c’est aussi dans cet échange où tu as employé l’expression qui m’a fait tilt ….. »être pris la main dans le sac » »

    un peu comme un voleur qui voudrait bien encore se zapper, l’expression était vivante et révélatrice car je « l’ai prise pour moi » (sourire) Car dans le vécu on s’évite souvent dans ces expériences ordinaires qui sont pourtant révélatrice de se mettre la main devant les yeux pour se la raconter encore un peu, question de faire durer l’histoire!

    « Elle renvoie à un attachement que nous prolongeons secrètement et maladivement. Au point, qu’en tant que chercheur, nous pourrions paradoxalement espérer “être quelqu’un” qui n’est personne. »

    celle la est grandiose…….et fait naître un rire de soi-même libérateur

    Merci Denis!

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