Présence Vive

(Cette page est en court d’écriture. Elle est amenée à être complétée et remaniée.)

L'accueil du Souffle vivant

Cette Prière m’a accompagné durant la période où je suis tombé malade et contraint de me retrouver en dialyse à cause d’une insuffisance rénale. Alors, que j’étais épuisé, insécurisé par mon état, les soins et la greffe à venir, elle m’est apparue comme la seule aide possible face à toutes mes difficultés. Elle n’était pas vraiment comme une “pratique”, mais comme une rambarde à laquelle je pouvais me tenir. Pendant plus d’une année, je l’ai récitée assidûment. Elle m’a donné la sagesse et la confiance dont j’avais besoin pour aller jusqu’à la greffe. Bien au-delà de cette merveilleuse “guérison”, elle m’a véritablement fait renaître spirituellement à la vie.

Bien que la Prière du cœur soit arrivée jusqu’à nous par le biais de la Tradition chrétienne orthodoxe, c’est d’une façon peu orthodoxe que je l’ai récité. Étant exsangue et n’ayant que peu d’informations à son sujet, je m’y suis pris comme je le pouvais. La simple possibilité de m’associer au nom de Jésus était déjà d’une grande préciosité.
Dans ce témoignage et l’expérience que je livre, je ne me présente pas comme un spécialiste. Je souhaite simplement partager mon vécu et faire connaitre les bienfaits et les grâces qui m’ont été données par le recours à cette simple prière.

Seigneur Jésus Christ, fils de Dieu sauveur, aie pitié de moi, pécheur.


La soif
Avant tout, nous devons prendre conscience de notre misère. Se voir misérable c’est reconnaitre combien nous n’y arrivons pas par nous-mêmes, étant encombrés et aveuglés de nous-mêmes. Nous avons besoin d’aide afin de nous déplier, de nous simplifier. Fort de ce constat, nous trouvons l’humilité de nous tourner vers la Source, de la laisser nous rejoindre, nous vivifier pour finalement puiser en elle.

La prière en grec : “Kyrie Eleison” (“Seigneur, aie pitié”)

Ce n’est pas que le Seigneur n’ait pas pitié. Par cette demande, nous apprenons à nous abaisser afin de recevoir sa grâce. C’est à cause de notre orgueil que nous vivons une fermeture, une séparation et ne voyons pas le Royaume au milieu de nous.

Prier avec le Souffle
Instant après instant, c’est grâce à la respiration que nous recevons la Vie.
Aussi, afin de nous réanimer, de sortir de notre asphyxie provoquée par la captation des pensées et les rêveries du mental, il nous faut ici, respirer vraiment.
Pour demeurer dans la Présence, nous devons fréquenter la Source afin d’en recevoir la force et le discernement. Plus que d’y penser, d’en parler ou d’en avoir des lectures, c’est d’en faire l’expérience concrète qui peut nous nourrir. Ce n’est pas de concentration ni d’attention dont nous avons besoin, mais de la force primordiale qu’apporte le souffle vivant et vrai.

Il ne s’agit pas “d’accumuler”, mais de ne pas s’endormir dans la pensée.
Plutôt que d’adopter le maintien d’une posture et celui d’un calme mental, la prière nous place dans le courant du vivant, elle nous permet d’avancer avec. Ainsi, en respirant vraiment, nous recevons la vie nouvelle, nous sommes pénétrés du Souffle nouveau. Nous permettons qu’il nous porte et qu’il nous guide.

Respirer, accompagner le Souffle nous aide à nous rapprocher du Vivant, à entrer dans l’instant présent, dans “l’Êtant” (“Je suis celui qui suis.” Exode 3:14).
Pour entrer dans l’Êtant ou reconnaitre que nous en faisons partie, il nous faut accepter d’être sans nous (jeu duel), sans nous accrocher à la moindre de nos idées en vue de nous affirmer, de nous confirmer. Il nous faut être sans retour, sans regard en arrière. Toutes ces stratégies n’ont que pour but de nous entraîner dans l’imaginaire et un “moi” et un temps factice.
La seule Vérité, le seul instant valable, nous y Sommes, c’est ici, en adhésion au seul instant. Nous cessons de vouloir faire quelque chose avec nous, en nous, et laissons Être simplement.

La prière de l’amour
Se mettre en amour, voilà à quoi se résume la contemplation lorsque nous sommes “rejoints”. Il est vrai que l’amour, en dehors des liens affectifs, n’est souvent qu’un noble sentiment qui nous dépasse un peu.
L’amour spirituel et fraternel est l’expression naturelle de notre Nature et du divin en nous. Cet amour s’exprime dans une relation. Il n’est pas comme une simple joie, un état de bien-être ou de conscience particulier. Lorsque l’amour s’élève dans la contemplation, c’est l’éclat de Dieu qui est sur nous. Si nous brillons de sa lumière parce que nous sommes tournés vers lui.
L’amour spirituel, qui ne vient pas du monde illusoire, est plein de gratitude. En nous, celle-ci abonde parce que nous reconnaissons le Don de Dieu, parce que nous en voyons toute la gratuité et l’attention particulière dirigée vers nous et sur tout. Cet amour ne sait que donner et n’a d’autre cesse que de se partager.
Par l’amour que nous recevons, nous sommes imprégnés d’une beauté et d’une bonté sans pareil. Rien d’autre ne peut autant compter à nos yeux. Nous recevons un bienfait ultime. À notre tour, nous sommes bénis et transformés par sa générosité. Nous en devenons le vecteur, l’héritier légitime. L’Amour, à travers nous, continue simplement d’aimer.

“La Source a soif d’être bue.” (St Augustin)
Notre soif n’est pas la nôtre. Elle est celle du Seigneur, de la Vie qui nous réclame.
La soif que nous ressentons n’est pas un “problème”. C’est une sollicitation. C’est le rappel naturel du manque qui est présent en nous.

L’attitude de kénose
La kénose c’est l’abandon, l’effondrement en soi, le dépouillement de soi, grâce auquel nous pouvons être rejoints et libérés.
En cela, nous laissons tomber toute notre importance. Nous redevenons petits et simples, dépourvus de toute valorisation.
La simplification nous permet d’entrer dans la vision directe et non conceptuelle. Nous retrouvons le regard initial, le regard du petit enfant. On parle aussi de “vision pure”.
Cela nous permet de réaliser ce à quoi nous appartenons, dont nous sommes issus, “cela” qui vient avant nous, avant tout.
Par cette vision directe, nous découvrons la totalité, l’unicité de tout ce qui compose le monde. Nous échappons à la perception duelle.
Nous n’allons pas vers la vérité, nous en venons et lui appartenons invariablement, malgré nos jugements et tout ce que nous pensons de nous et du monde.
La kénose, c’est finalement rendre ses “armes”. C’est capituler du point de vue du personnage, d’une volonté d’être “quelqu’un”. Nous nous rendons à l’évidence de ce que nous sommes simplement, réellement, de “cela” à quoi nous appartenons et d’où provient toute vie.

La Kénose signifie l’anéantissement de soi. Au premier abord, cela ne semble pas très attirant. Pourquoi s’anéantir ? Quel intérêt peut-il y avoir à rechercher une telle chose, lorsque dans cette existence nous tendons logiquement à gagner plutôt qu’a perdre ?
L’anéantissement vise à atteindre notre personnage, son besoin irrépressible de s’imposer et de justifier sa place dans le jeu de l’illusion. La kénose est peut-être la seule façon de le faire plier, de le faire capituler. Ce rabaissement n’est pas une humiliation, mais la mise au grand jour de son mensonge, de son illégitimité. Dans la tradition chrétienne, on parle de “mourir à soi-même” afin de pouvoir accéder à Dieu. De la même façon que l’on parle aussi de se dépouiller du “vieil homme” pour découvrir “le nouvel homme”.

Si nous voulons connaître et vivre la Kénose, qui signifie l’anéantissement de soi (du personnage, du jeu égotique), nous devons perdre notre “importance”. Nous devons échouer dans le personnage.
Le personnage n’existe que par son importance et la valeur qu’il se donne. Il s’autovalorise à la fois dans tout ce qu’il entreprend, dans ce qu’il gagne et ce qu’il perd. C’est pour cela qu’il est si difficile de lui échapper. C’est en cela qu’il nous faut tomber de notre “piédestal”, si nous voulons ne plus vivre sous son emprise.
Il ne s’agit pas d’un simple changement d’attitude, mais, de traverser et de vivre une “dévalorisation”, une destitution. Celle-ci correspond au fait de perdre, d’invalider tout jeu, tout ce qui n’est pas réellement “nous”, Soi. Cela se trouve révélé dans l’échec.

Là, où de nombreuses pratiques spirituelles sont comme un entraînement basé sur l’accumulation et l’obtention d’un état, l’objectif de la contemplation est de nous simplifier par l’abandon. Il n’y a rien à trouver que nous n’ayons déjà. Seulement, nous avons besoin de nous réveiller et d’ouvrir notre cœur. Nous avons à laisser la place, à oublier notre importance, afin de découvrir la Source de vie dont nous sommes issus.

Généralement, c’est à partir d’un état illusionné et divisé que nous décidons de démarrer la prière du cœur. La répétition de la prière combinée au souffle à pour effet de nous changer. Aussi, comprenez que ce n’est pas celui ou celle qui s’emploie à la réciter, qui pourra en obtenir quelqu’avantage ou quelque gloire. En fait, celui-là va s’effacer progressivement pour faire place à la vérité de l’Être, qui se trouvait masquée.
Il n’y a pas à atteindre, à acquérir quoi que ce soit par la prière, seulement à se libérer, à se délester de tout ce qui nous encombre. Le but, la Source, est ici à nous attendre. C’est un rendez-vous que l’on ne peut que retarder, mais difficilement manquer.

Nous pratiquons la prière du cœur afin de recevoir, d’accueillir le Souffle de vie et qu’ainsi il nous réanime, qu’ainsi il nous réveille de la rêverie des “dormeurs”. Sans l’apport du vivant, c’est dans le rêve même que nous cherchons une improbable sortie.
La vérité et la vie sont dans le Vivant et non dans le rêve et l’imaginaire. C’est pour cela que la respiration accompagne les paroles de la prière. Une autre raison, c’est que par le médium du souffle, nous faisons entrer et descendre la grâce en notre Être. Plus que de l’air, c’est la vie, c’est le Don même de Dieu qui vient en nous et qui nous donne l’occasion de la “rencontre”. Alors que d’ordinaire nous oublions notre respiration, par le biais de la prière nous entrons dans la dimension sacrée et précieuse du Don. Sans que nous nous en soucions, ça respire, ça s’anime en nous. Nous recevons le Don et aussi nous le sommes, nous l’actualisons.

Lorsque nous respirons la prière, elle nous apaise. Elle nous ouvre et redonne de la fraîcheur dans notre esprit. Elle est un mouvement rassurant qui ne cherche pas une “suite” ou une autre “étape”. La prière est complète en elle-même. Elle est nourrissante et procure une légère béatitude. Nous sommes comme un nourrisson qui tète le sein de sa mère.

Par la prière nous respirons le Vivant et nous sommes respirés par lui. Nous retrouvons le Souffle initial. La vie est un Don et nous en faisons partie.

Après quelque temps, nous devrions passer d’une respiration ordinaire au Souffle sacré.
Ce souffle qui vient en nous est comme une présence qui nous habite. C’est un climat enveloppant, inspirant, quasi “religieux”. C’est le courant d’une émotion bénie qui imprègne notre Être tout entier. À ce stade la respiration passe au second plan. C’est ce caractère sacré tel un état fiévreux qui nous occupe. Le Don, l’Esprit de la prière est sur nous. C’est Lui qui prie pour nous.
Le “Souffle sacré” est comme un oiseau avisé et prudent, prêt à s’envoler au moindre “bruissement” inopportun. Aussi, il nous faut l’accueillir avec beaucoup de respect si nous voulons demeurer en sa compagnie.

Selon Jésus, le corps est le temple de l’Esprit. Il est le lieu où nous devons adorer, puisque Dieu est Esprit et Vérité. L’adoration est l’expression d’un amour entier et déterminé. D’emblée, il nous est difficile d’aimer de cette façon. Toutefois, cela dont nous ne sommes pas capables, l’Esprit en nous, lui, peut l’accomplir. In fine, ce n’est pas nous qui adorons, c’est Dieu qui adore en nous.
Par le Souffle, nous passons de la tête au cœur. Nous laissons l’intellect et l’imaginaire pour pénétrer le cœur même de la vie. Le mouvement du Souffle nous rappelle le concret de la vie. Il nous en abreuve. Il nous aide à nous joindre à elle et nous rend Vivant.
L’adoration permet à la kénose de s’accomplir. En prenant appui sur la respiration, nous nous oublions, nous nous simplifions et progressivement passons dans l’Esprit.
(“la samaritaine”, explications de Jésus sur comment adorer Dieu)

Le climat du cœur
On ne pratique pas la prière du cœur comme on récite un mantra. Ce n’est pas une simple répétition. Ce qui donne une force à cette prière, c’est l’esprit et le climat dans lequel on la dit.
Tout d’abord, nous devrions regarder en nous-même la médiocrité et les défauts que nous perpétuons à travers le personnage et notre illusion. Nous devrions en avoir le regret et la décision brûlante de changer vraiment pour devenir un être digne, détournés de notre petitesse, capables d’aider et d’aimer les êtres que nous côtoyons. Générer en soi, en son cœur, une telle résolution peut l’ouvrir et transformer complètement notre sentiment. Cela nous place dans le climat du cœur. À partir de cette inspiration, nous redisons la prière, nous la partageons. Ce n’est plus une simple demande. C’est aussi une offrande d’amour pour le bienfait de tous.

Le but de cette prière est de faire naître en nous l’amour divin, l’amour généreux et désintéressé. Pour l’instant, notre amour est humain, limité et conditionné.
Au fil des répétitions, la prière ouvre notre cœur. Elle le fait battre d’amour et de bonté. Il se réanime de vie, d’espérance et de générosité.

Se reconnaître misérable
Il nous sera difficile de recevoir la pitié du Seigneur si nous ne nous sentons pas misérables. Être misérable, c’est reconnaître combien nous sommes faux et prêts à tout mettre en œuvre pour ne pas être démasqués. Nous sommes misérables parce que nous suivons des voies et des ambitions contraires. Nous sommes misérables parce que nous avons acquis l’art de mentir et d’ignorer au point de nous croire honnêtes et d’en être fiers. Nous sommes misérables parce que nous nous retrouvons prisonniers de nous-mêmes et de nos propres stratégies.


L’attitude pour prier
C’est le sentiment à partir duquel nous récitons la prière qui lui confie sa force et son pouvoir. La kénose devrait avoir créé en nous un climat sincère d’humilité. La force et l’efficacité de notre prière viennent d’avoir pratiqué l’union avec la Source, d’avoir développé l’habileté à puiser la grâce.
Nous ne devons pas perdre de vue que la Source est en nous. Notre éloignement ainsi que notre soif proviennent seulement de notre ignorance et de notre divorce intérieur. La grâce ne vient donc pas de façon linéaire ou progressive. Elle s’élève ou elle nous tombe dessus. Elle vient comme un “parfum” qui nous inonde.

(A suivre)

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