Présence Vive

Le point de départ de tout ceci est l’événement qui a suivi ma transplantation. C’est arrivé le lendemain ou le surlendemain de l’opération au moment où j’exprimais ma reconnaissance. Alors qu’intimement et que du plus profond de mon cœur je remerciais le Ciel pour le dénouement de ma maladie, soudainement, tout se donnait… en moi… et tout autour de moi…

Ébahi, je faisais simplement face à l’évidence. Comme si le filtre duel superposé au réel était tombé. Tout, ici, comme au premier jour ne faisait qu’un. Tout, multiple et singulier, était contenu en un seul et même Ciel, en une seule et même Vérité.

Je ne prétends pas avoir découvert une nouvelle philosophie ou spiritualité. A travers ce site et mes écrits, j’essaie simplement de témoigner d’une expérience vécue, directe et vivante, qui a définitivement changé mon regard. Cette réalisation je ne la pense pas. Je n’ai pas la nécessité d’y croire ou pas. Elle s’impose pareille à la vie qui jaillit. Elle tente de se dire, de fleurir au-delà de moi. Je peux en parler, l’évoquer à travers des mots, des concepts, mais rien de cela n’a le pouvoir de dire ce qu’elle est réellement. On peut décrire un paysage merveilleux, mais tant que soi-même on ne l’a pas vu et expérimenté, on ne sait rien de lui. Mon seul pouvoir est de vous inviter à aller voir ce “Paysage”, à le contacter en vous.

Denis Marie est né en 1959 à Lorient. Il est l’auteur de “L’éveil ordinaire, le don du cœur” paru en novembre 2007 aux éditions l’Originel – Charles Antoni. Il y expose sa réalisation suite à une expérience d’éveil survenue à l’hôpital au lendemain d’une greffe en 1996.

Malgré de nombreuses années de recherche et de pratique, à la fois dans les traditions chrétienne et bouddhiste, c’est finalement hors de tout contexte religieux et spirituel qu’un changement radical s’est accompli. C’est seulement au bout d’une dizaine d’années d’observation et d’appropriation de son expérience qu’il décide d’exposer plus ouvertement sa compréhension.

Eveil ordinaire

■ La réalisation est ordinaire parce qu’il ne s’agit pas d’une performance ou d’une élaboration. Elle ne repose pas sur le fait d’atteindre un état spécial ou une quelconque transcendance. L’éveil est ordinaire parce qu’il n’est pas “autre”. Nous nous éveillons à ce que nous sommes originellement, à notre nature, à notre nudité. Généralement, nous parlons “d’atteindre l’éveil”, mais il serait plus approprié de dire que nous “perdons” ou que nous laissons nos illusions.

Cet événement n’a pas fait de moi quelqu’un de spécial. Lors de ma réalisation à l’hôpital, à mes yeux et à mon cœur l’Évidence a repris sa place. J’ai pu constater que tout était déjà là, déjà vrai, déjà Un, et je n’ai rien fait de particulier pour cela. Je me suis seulement « rendu » à cette Évidence, ou je me suis trouvé à « l’accepter ». C’est à travers un simple remerciement que cela s’est produit, mais cela aurait pu arriver différemment. À cet instant, tout était « tel que c’Est » en vérité, très ordinaire, très simple, très spontané. Ça ne l’est pas devenu. En moi-même, je me suis seulement trouvé disponible et ouvert. On pourrait dire « en phase » avec le monde. La vérité du monde et la vérité de ce que je suis sont soudainement (et rétroactivement) apparues identiques et indivisibles. J’ai réalisé que je n’étais pas différent, pas séparé et que je ne l’avais jamais été, malgré mon vécu et tout ce que je pensais jusqu’alors.

En fait, c’était tellement ordinaire, simple et direct que je n’ai pas compris pourquoi on en fait tout une affaire. Je n’ai pas compris comment certains maîtres en font une chose spéciale. Je n’ai pas compris pourquoi eux-mêmes se présentent de façon spéciale. Il y a ici, toute une attitude qui d’emblée induit en erreur, qui renforce la différence et la dualité. Aussi, je ne souhaite pas être étiqueté comme « maître spirituel », car la réalisation ne requiert pas une maîtrise ou un talent particulier. Je ne souhaite pas que l’on dise que « j’enseigne », car la vérité ne se transmet pas comme on enseigne une matière à l’école. Il n’y a pas d’un côté les élus, les experts et de l’autre les prétendants, les étudiants. Il n’y a pas non plus un système pour passer d’un bord à l’autre. C’est justement l’oubli, l’invalidation de tous ces concepts qui nous permettent de réaliser l’unicité. C’est la foi en ce que nous sommes. Pour ma part, si je souhaite confier et partager cette expérience, je ne peux que témoigner. Ce n’est qu’en qualité de témoignage que je peux rapporter ce qui Est, ce que je vis.

Celui qui cherche est “Celui” qu’il nous faut rencontrer.

■ À travers son propos, Denis Marie nous dit que l’éveil est spontané et qu’il ne résulte pas d’un long parcours de pratiques et d’ascèses. Au contraire, la vérité que nous recherchons s’offre en permanence, et ce, de manière inconditionnelle. Si nous avons des difficultés à nous éveiller, ce n’est pas dû au fait que ce soit compliqué. C’est parce que nous partons d’un postulat erroné et que nous espérons ailleurs ou plus tard une vérité qui est déjà là.

Nous ne savons pas regarder en nous. Lorsque nous le faisons, nous nous contentons d’observer nos pensées et de les opposer ou de les enchaîner. Cependant, afin de se connaître, il est important de regarder la source des pensées, l’ouverture ou elles se forment et se libèrent. Encore, nous sommes tentés d’étiqueter celle-ci. Ainsi, infructueusement, nous essayons de « comprendre » notre « ciel intérieur ». Nous tentons de le saisir, de le définir, nous compromettant avec des concepts subtils.

Pourtant, si nous voulons « rejoindre » ou « contacter » la Source, il nous faudra « traverser » notre esprit (le mental) et son miroitement de pensées , jusqu’à la « dernière ». Toute pensée peut être cette dernière, ou cette « première ». La vérité n’est pas au bout d’un long et d’un laborieux chemin. L’illusion et les pensées qui la composent sont fondamentalement portées par une même vérité. Bien que multiples, toutes sont l’expression d’une même rêverie. Fondamentalement, nous sommes « l’espace » qui lui donne vie.

« Je ne suis pas mon esprit »

■ Nous restons piégés dans l’illusion car nous abordons cette vie et notre quête d’absolu en identification à l’esprit conceptuel. À travers la connaissance de Soi et le fait d’adopter le “Voir”, il nous explique comment nous pouvons déjouer cette emprise et nous “situer” en notre Être, à la source de l’esprit. Ainsi, distinguant l’esprit comme l’une de nos fonctions, naturellement, nous regagnons le flot de la Présence spontanée et expérimentons directement “l’Êtreté”.

La spontanéité du Voir

Je dis que « nous ne sommes pas notre esprit ». Il y a beaucoup à comprendre dans cette simple affirmation. J’emploie le terme “comprendre”, mais “réaliser” est plus approprié. C’est toujours le mental qui comprend. Ainsi, le fait de “comprendre” a pour conséquence de le dilater. A l’inverse, “réaliser” marque un recul, une différenciation d’avec le mental. Nous nous reconnaissons en notre Nature, en l’Êtreté. Du point de vue du mental, il n’y a donc rien à “comprendre” et cela peut être frustrant.

Avoir un coeur

■ Sans faire usage des stratégies de l’esprit, il est possible de “revenir” à ce que nous sommes naturellement et d’actualiser le Voir. Le cœur est la perle. C’est l’étincelle vive, origine de tout. Nous le regagnons, le réinvestissons, en nous appuyant sur les qualités qui lui sont propres, telles que la générosité, l’authenticité, l’amour…

Voilà quelque chose de fort simple, tellement simple que nous pourrions passer à côté. De la même façon que nous pouvons passer à côté du Ciel, de l’Espace immuable dans lequel nous existons. Nous sommes tellement focalisés sur le monde visible et tous les objets qui s’y trouvent, que nous en délaissons l’invisible, l’Ouverture indicible qui sous-tend toutes manifestations.

Lorsque nous prenons le temps d’être gentiment avec nous-mêmes, de nous accueillir avec bonté, l’Ouverture à l’égal du silence « résonne » à nouveau. Cela se produit de lui-même, spontanément, sans que nous devions manipuler quoi que ce soit. C’est pareil à l’eau qui retrouve sa limpidité dès que l’on cesse de l’agiter. Calme, silence, invisibilité et clarté se rétablissent d’eux-mêmes. Dans la confiance du cœur, l’êtreté « retrouve » la première place. Nous ne sommes plus à vouloir imposer silence et calme pour remédier à l’agitation. En regardant, en nous tournant vers la Source, nous nous découvrons en la paix et la simplicité naturelle. A travers cet unisson, l’Être nous accompagne comme une Présence vivante. Il vibre en nous. Le vivant semble nous pétrir de l’intérieur. La vie invente de la vie… Nous « goûtons », nous expérimentons ce mystère qui prend chair.

« Terre et Ciel sont Un »

■ C’est uniquement à travers l’actualisation spontanée, ici, au cœur du vivant, que se révèle à nous la signification profonde et mystique de ce slogan. Ainsi, s’offre à nous de goûter l’unité indivisible en “ce qui Est”. En la Présence vive, oubliant les théories et les conventions, nous dépassons la vision duelle. Nous voyons que le créateur et sa création n’ont pas d’existence propre ou séparée. En l’état qui demeure originel, nous réalisons sa continuité, son unicité, malgré tout ce qui surgit sous forme de pensées, d’émotions ou d’actions. Ainsi, en la source, les formes illusoires continuent de se manifester. Cependant, il n’y a pas un “second” réel avec lequel s’illusionner.

Bien que l’approche de Denis Marie ait des similitudes avec la philosophie de la non-dualité que l’on retrouve dans certaines écoles bouddhistes et dans la tradition indienne de l’Advaïta, il ne s’appuie sur aucune de ces doctrines. Pour lui, il n’y a aucune théorie à laquelle s’en remettre étant donné que toutes font appel à l’esprit. En effet, si nous ne sommes pas celui-ci, quelle nécessité y a-t-il d’y avoir recours et de les adopter. Paradoxalement, n’est-ce pas là une nouvelle façon “spirituelle” de nous maintenir en retrait du but ? Plus directement, c’est à travers le don du cœur, le fait de Voir, que nous réalisons, que nous “tombons” dans l’évidence de cette vérité.